Tous les problèmes d’addictions viennent-ils de notre cerveau?

Puisque l’activité cérébrale est sous-jacente aux comportements et que les addictions constituent une particularité comportementale, on peut se demander comment les produits addictifs agissent sur le cerveau pour induire ces comportements particuliers.

Il est courant de concevoir le cerveau comme un organe d’apprentissage. Le Larousse donne entre autres comme définition de l’apprentissage: Ensemble des processus de mémorisation mis en œuvre par l’animal ou l’homme pour élaborer ou modifier les schèmes comportementaux spécifiques sous l’influence de son environnement et de son expérience.

Une autre façon de se poser notre question est donc: comment (et pourquoi) les produits addictifs induisent-ils des changements dans le cerveau qui se manifestent par des comportements addictifs?

En clair, notre cerveau est piégé par certains types de produits?

En fait, notre cerveau est le résultat de l’évolution, et comme tel il est censé augmenter les chances de survie de l’espèce. Il répond ainsi par l’apprentissage à des stimuli qui ont trait à des situations essentielles à la survie de l’espèce (on les appelle aussi stimuli salients): nourriture riche en calories, opportunités sexuelles, danger, douleur, etc.

« L’automatisation des comportements est une façon pour le cerveau d’économiser ses forces» 

L’apprentissage consistera ainsi à rendre plus probable, plus aisé, voire même plus automatique un comportement déclenché par ces stimuli salients.

L’automatisation des comportements est une façon pour le cerveau d’économiser ses forces qui peuvent alors se tourner vers les processus plus lents tels que faire face à de nouvelles situations, créer des nouvelles opportunités.

Une addiction pharmacologique (p. ex. à l’alcool, à la nicotine, aux opiacés, etc.) peut se développer parce que les drogues stimulent de façon pharmacologique les mêmes mécanismes neurobiologiques que les stimuli salients. Ces molécules «piègent» ainsi un mécanisme de survie en «simulant» une situation cruciale pour la survie… sans que cela soit le cas.

Le résultat sera que le comportement de consommation devient toujours plus probable, s’automatise… et cela même à l’encontre de décisions conscientes, raisonnées, prises précédemment. L’addiction pharmacologique est ainsi le résultat d’un apprentissage inadapté suite à l’effet de drogues addictives.  

Mais comment est-il possible alors de développer une conduite addictive, parfois même sans prise de drogue?

Rappelons-nous que le cerveau a été sélectionné par l’évolution pour permettre un apprentissage en réponse à des stimuli particuliers. Il faut considérer que l’homme contemporain possède structurellement et fonctionnellement le même cerveau que l’homme des cavernes… mais dans un tout autre environnement, l’évolution biologique étant beaucoup plus lente que l’évolution culturelle.

Un stimulus «naturel» (p. ex. un stimulus sexuel) enclenchera les mêmes processus d’apprentissage. Cependant, l’accessibilité et la concentration de ces stimuli peuvent radicalement avoir changé. Ainsi les stimuli présentés par la pornographie en ligne sont bien plus massifs et plus facilement accessibles qu’il y a encore quelques décennies.

L’intensification potentielle de ces stimuli peut ainsi déclencher un processus d’apprentissage qui va bien au-delà du physiologique. On aura ainsi à faire avec un apprentissage excessif qui résulte en une facilitation excessive d’un comportement (la recherche du stimulus spécifique) aux dépens de tous les autres comportements. Et on a là, la définition même de l’addiction.