Des collègues sont morts

«A l’époque, on n’avait pas de protection. Par exemple, je descendais parfois dans des cuves pour faire des soudures à l’intérieur. Il y avait beaucoup de fumée. La ventilation n’arrivait pas à tout évacuer. En plus, certaines cuves étaient recouvertes de peinture.

Comme on n’avait pas le temps de l’enlever, on soudait directement dessus et ça dégageait des odeurs désagréables en plus de la fumée. On avait du mal à respirer. Ça pouvait durer pendant des heures. Deux de mes collègues sont morts à force de travailler dans ces conditions.

Après, j’ai changé d’entreprise, mais je suis resté soudeur. Là encore, je n’avais pas de protection, c’était juste des petits masques anti-poussières. Ça ne servait à rien.»

 

«J’étais quelqu’un de fort, courageux, robuste et je n’aurais jamais pensé que je devrais vivre en permanence avec une bouteille d’oxygène. J’aimais mon métier de soudeur. C’est un métier que j’ai fait toute ma vie, mais aujourd’hui, à 67 ans, je me rends compte que ce métier m’a détruit.»

 

Hospitalisation

«En 2006, je ne me sentais vraiment plus bien. J’ai commencé à avoir de la peine à respirer et j’ai fait une pneumonie. Les médecins m’ont dit que c’est parce que je fumais, mais je sais bien que même si ça n’arrangeait rien, ça n’était pas à cause de ça car je fumais très peu.

J’étais sûr que le problème venait des fumées et des poussières du métal qui entraient dans mes poumons. En 2010, j’ai eu un infarctus. J’ai été soigné à la Clinique La Lignière à Gland. Pour m’aider à récupérer, on me faisait faire 7 kilomètres de marche par jour. Je n’y arrivais plus. J’étais trop essoufflé et trop faible, mais je voulais reprendre mon travail.»

En bout de course

Et puis, pendant des vacances en Espagne, les choses ont commencé à devenir difficiles. J’étais très essoufflé au moindre effort. Je toussais de plus en plus. J’avais mal à la tête. J’avais l’impression de manquer d’air. Je suis revenu en Suisse, j’ai repris mon travail, mais j’avais toujours les mêmes problèmes. Je crachais sans arrêt.

Ce qui sortait de mes poumons était noir, ça faisait vraiment peur. J’avais des sifflements dans les poumons. En 2012, j’ai été soigné à la Clinique de Morges. Mon médecin m’a dit qu’il fallait que j’arrête de travailler à cause de cette maladie. J’avais 61 ans.

De l’oxygène à vie

Maintenant, avec l’oxygène, ça va, mais je suis toujours fatigué quand je fais un effort. Je me suis habitué à l’appareillage. Au début, ça n’a pas été facile, surtout de dormir avec un masque. Ma vie continue, mais je n’ai plus la force que j’avais avant. Malgré mon âge, je sais que mes problèmes viennent de cette maladie provoquée par des fumées et des produits dangereux.

Ce n’est pas tous les jours facile, mais je suis quelqu’un qui ne se laisse pas abattre. Je garde le moral.»

Image José Agustino: © Patrick Martin, Tamedia

  • Interview avec un experte
Dr. Pr. Pierre-Olivier Bridevaux
Chef du service de pneumologie de l’Hôpital du Valais

La maladie des fumeurs, mais pas seulement…

Pouvez-vous expliquer ce qu’est la BPCO?

La BPCO est la maladie respiratoire la plus fréquente chez l’adulte. C’est une pathologie qui affecte les bronches et le poumon avec pour corollaire une diminution de la capacité respiratoire.

Quels en sont les causes?

Elle survient après de longues périodes d’exposition à des polluants environnementaux. Dans deux tiers des cas, le tabac en est à l’origine.

L’autre tiers relève d’une cause en lien avec une exposition continue à des poussières irritantes.

La maladie peut aussi être contractée à la suite d’une exposition chronique à la pollution de l’air extérieur. Elle affectera en premier lieu les personnes particulièrement vulnérables, comme par exemple, des sujets asthmatiques et/ou en proie à des allergies respiratoires. Cela étant, la BPCO concerne principalement les fumeurs âgés de plus de 40 ans.

Comment savoir si l’on est atteint de BPCO?

Les symptômes de cette maladie se manifestent en premier lieu par de la peine à respirer en effectuant des activités de la vie quotidienne. Apparaissent en parallèle la toux et les crachats.

A noter aussi des crises respiratoires à répétition sur fond d’inflammation, qu’on appelle «exacerbation». Elles peuvent durer de quelques jours à quelques semaines. Pendant une période d’exacerbation, les symptômes sont augmentés.

Ils peuvent conduire à un arrêt de travail, voire à une hospitalisation. Dans des cas extrêmes, une exacerbation de BPCO peut provoquer le décès par manque d’oxygène. La BPCO affecte grandement la qualité de vie.

Les personnes touchées se voient dans l’obligation de réduire leurs activités physiques. Un tel comportement doit alerter, car il peut s’agir d’une manifestation précoce de la maladie qui doit conduire la personne à chercher de l’aide auprès d’un médecin. Le diagnostic s’effectue par spirométrie. Il s’agit d’un test simple pour contrôler les volumes pulmonaires.

Peut-on guérir d’une BPCO?

Le traitement de la maladie consiste à supprimer l’exposition aux agents qui causent la BPCO. Par exemple, si, dans le cadre de son travail, une personne est exposée à un niveau de pollution élevée, nous lui conseillons des mesures de protection ou alors d’envisager une nouvelle orientation professionnelle.

En ce qui concerne les fumeurs, nous les accompagnons dans une démarche de sevrage. Il existe bien entendu des traitements médicamenteux. Dans certains cas d’exacerbation, une corticothérapie peut s’avérer nécessaire.

Un antibiotique est prescrit en cas d’infection. Les traitements bronchodilatateurs quant à eux auront un effet sur le volume d’air inspiré et expiré. Dans tous les cas, nous recommandons aux patients d’avoir une activité physique régulière adaptée à leurs capacités. Si la maladie est très avancée, on devra alors prescrire un apport supplémentaire en oxygène.

Pour conclure, quels conseils donneriez-vous?

Il est important d’agir le plus tôt possible, de ne pas laisser la maladie s’installer. Les traitements sont efficaces s’ils interviennent précocement. Les personnes ayant de la peine à respirer dans la vie quotidienne devraient consulter sans tarder.

Il en va de même pour toutes les situations de crachats chroniques, notamment si la personne est fumeuse ou ancienne fumeuse ou qu’elle exerce une activité professionnelle dans un environnement pollué.