Tout en étant profondément endormi, le sujet se retrouve soudain conscient de son état de rêveur.

Il peut ainsi influencer ou contrôler le scénario onirique et vivre des expériences hors du commun comme le vol plané, le passage à travers des structures solides ou encore des extases amoureuses qui surpassent celles de la vie réelle.

Hormis l’aspect ludique, il peut aussi profiter de cet état à des fins créatives, stimuler un processus de guérison et résoudre des problèmes de la vie de tous les jours.

Désormais reconnu par la communauté scientifique, d’aucuns pensent qu’en ouvrant une voie directe vers l’inconscient, le rêve lucide (RL) pourrait révolutionner notre façon de vivre.

Dans le cadre de notre enquête, nous avons rencontré Amélie, une jeune fille qui, à 20 ans, ne compte pas moins de 454 RL soigneusement retranscrits dans son journal intime.

Amélie, vous souvenez-vous de votre premier rêve lucide?

Quand j’étais petite et que j’avais des cauchemars, je me disais, dans mon rêve, que j’étais en train de rêver, et je me réveillais. Plus tard, j’ai compris que cette forme de conscience pouvait me permettre de contrôler mes rêves et de ne plus avoir peur.

Ma lucidité a alors grimpé car je ne cherchais plus à me réveiller, mais à continuer à vivre le déroulement de mon rêve en étant consciente.

Une des premières fois où j’ai été pleinement lucide, c’était quand mon chat venait de mourir.

Mon rêve était teinté de sa présence alors que c'était impossible puisqu’il était mort. J’ai donc réalisé que j’étais en plein rêve.

Est-ce qu’il vous arrive de provoquer vos RL?

A la base, ma lucidité était spontanée. Aujourd’hui encore, une grande partie de mes RL le sont, mais depuis quelques années, j’ai appris diverses méthodes pour les induire.

L’une me permet d’entrer consciemment dans le rêve depuis l’état de veille, à la condition d’avoir bien dormi au préalable. Une autre consiste à faire des petits exercices en cours de journée, ce qui induit le réflexe de faire la même chose en rêve et ainsi devenir lucide.

J’exploite aussi le faux-éveil, c’est-à-dire, quand je me réveille à l’intérieur d’un rêve et que je crois être dans la réalité. Ce phénomène peut déclencher une prise de lucidité et me faire passer d’un rêve normal à un RL.

Quels bénéfices en retirez-vous dans la vie de tous les jours?

Une sensation de bien-être, d’énergie et de liberté. Comme si ces RL me permettaient de vivre plus intensément. Ils ont un effet bénéfique sur ma vie.

J’ai également des objectifs introspectifs comme interagir avec mon inconscient à travers les personnages qui sont dans mes RL et me mettre à l’écoute de leurs réponses, de leurs conseils.

Parfois, apparaissent des personnes perdues de vue dans la réalité, ou décédées. C’est vraiment extraordinaire.

Ça n’a rien à voir avec des expériences similaires que je vis dans des rêves normaux. Cela apporte un grand réconfort.

Quelle a été votre plus belle expérience en RL?

Je dirais les RL contemplatifs pendant lesquels je peux apprécier le réalisme effarant du monde onirique. Ce type de rêves est bouleversant.

Cette intense activité onirique ne perturbe-t-elle pas votre sommeil?

Non, car je fais en sorte de respecter mes rythmes naturels de sommeil. C’est une des conditions pour faire de beaux et intenses RL.

Avez-vous déjà fait l’objet d’expérimentations dans un laboratoire du sommeil?

Pas encore, mais pourquoi pas si cela peut aider à mieux comprendre ce phénomène. Depuis des années, je partage avec d’autres rêveurs lucides sur des forums comme Attrape-songes. On y croise parfois des étudiants en psycho ou en neurologie pour leurs travaux d’étude sur le rêve.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui aimeraient expérimenter le RL?

Motivation, enthousiasme et persévérance. Il existe de nombreux livres et tutoriels fiables pour parvenir à faire des RL. Il suffit de respecter les étapes et d’être patient.

Pour conclure, Amélie, êtes-vous une extraterrestre?

Nullement, d’autant plus qu’aujourd’hui le RL se démocratise. N’importe qui peut apprendre à en faire. Selon une étude de l’Université d’Edmonton (Canada, ndlr), le pourcentage de gens ayant vécu une phase de lucidité au moins une fois dans leur vie est de 58%.