De nos jours, le public est relativement bien informé en matière d’apnée du sommeil, souligne le Dr Sistek. Beaucoup de monde, nous dit-il, connaît plus ou moins les signes auxquels il faut être attentif. Parmi ceux-ci, la fatigue chronique arrive en tête de liste.

Viennent ensuite la somnolence, le ronflement et, pour les personnes dormant en couple, on parle d’hétéro-anamnèse si l’un des deux conjoints se rend compte que l’autre est en proie à des arrêts respiratoires en cours de nuit.

Que faire dans un cas pareil?

Les médecins traitants sont très attentifs aux différents symptômes laissant suspecter une apnée du sommeil. En cas de doute, ils orientent leurs patients chez un spécialiste qui procède alors à une polygraphie nocturne ambulatoire.

Il s’agit d’un examen assuré par un appareil portatif qui, tout au long d’une nuit, mesure le flux respiratoire, l’activité cardiaque, le taux d’oxygène dans le sang, la position du corps et les mouvements de la cage thoracique et de l’abdomen.

Y a-t-il plusieurs types d’apnées du sommeil?

L’apnée est dite «obstructive» lorsqu’il s’agit d’arrêts respiratoires mécaniques dus à un relâchement, pendant le sommeil profond, des tissus mous qui constituent les voies aériennes supérieures, notamment les muscles du pharynx. Le conduit se referme totalement sur lui-même et l’air ne passe plus.

En l’absence de flux respiratoire, le cerveau réagit en envoyant un signal de réveil qui n’est toutefois pas perçu par le sujet. Ce phénome peut se produire plusieurs dizaines de fois par heure avec pour conséquence, un impact négatif sur l’architecture du sommeil et son efficacité à récupérer.

Nous sommes également en présence de deux autres types de troubles du sommeil; l’hypopnée, dans le cas d’une obstruction partielle, et l’apnée dite «centrale» lorsque l’arrêt respiratoire relève d’une absence temporaire d’influx nerveux en direction des muscles respiratoires. Quel que soit le type de trouble respiratoire, il y a une conséquence néfaste le sommeil.

Quelles peuvent être les conséquences d’une apnée sur la santé?

Avant d’impacter la santé, l’apnée du sommeil aura tout d’abord un effet négatif sur la qualité de vie à cause de la fatigue qu’elle occasionne. La personne touchée par cette maladie peut être confrontée à une somnolence récurrente avec des risques accrus d’accidents routiers comme au travail.

Par ailleurs, les études ont établi des corrélations probables entre l’apnée du sommeil et certaines pathologies cardiovasculaires, plus particulièrement les AVC.

Comment traite-t-on une apnée du sommeil?

La méthode la plus efficace reste le traitement par CPAP pour Continuous Positive Airway Pressure, soit un apport d’air par pression continue. Il s’agit d’un petit appareil que l’on place au bord du lit et auquel est relié un masque respiratoire que le patient porte chaque nuit.

Dès que la machine détecte une apnée, elle augmente légèrement la pression d’air de façon à dégager les voies respiratoires et ainsi permettre à la personne de respirer à nouveau. La technologie a tellement évolué que l’appareil s’adapte à l’importance des apnées par autorégulation.

Tous les patients traités par CPAP sont unanimes sur le fait qu’ils se sentent revivre, que cette technologie leur permet de retrouver la forme physique, la clarté d’esprit et une vie beaucoup plus intense.

D’autres méthodes existent, comme le traitement connu sous le nom de propulseurs d’avancement mandibulaire. Ce sont des appareils dentaires qui se placent sur la mâchoire supérieure et inférieure, le but étant de faire avancer la mâchoire inférieure pour aider les voies aériennes à se dégager naturellement.

Son efficacité n’égale cependant pas la technologie par CPAP. Ces orthèses d’avancement mandibulaire sont préconisées dans le cas d’apnées légères ou lorsque le CPAP n’est pas toléré. Nous trouvons aussi certains dispositifs permettant d’éviter de dormir sur le dos lorsque les apnées surviennent principalement dans cette position.

En conclusion, si vous présentez des symptômes tels que fatigue chronique et somnolence diurne, parlez-en à votre médecin de famille qui vous orientera vers les bonnes investigations à effectuer.

Témoignage

Tout a commencé il y a quatre ans, par les premiers symptômes. Ils se manifestaient principalement sous forme de très grande fatigue pendant la journée. Avec le temps, cette fatigue s’est progressivement transformée en épuisement, à tel point que j’avais de la peine à assumer ma fonction de cadre supérieure. Je devenais irritable, voire extrêmement sensible à certaines situations en lien avec les collaborateurs dont j’ai la responsabilité. Il m’est arrivé une fois de pleurer face à la détresse d’un employé. Par ailleurs, il m’était difficile de conduire. J’ai dû plusieurs fois rouler fenêtre ouverte, même en plein hiver, pour ne pas piquer du nez. Je ne me suis pas doutée initialement qu’il s’agissait d’apnée du sommeil. Au début, je me suis dit que ça allait passer, d’autant qu’à moins de 40 ans cette problématique semble quelque chose d’improbable.

La limite était atteinte, il fallait faire quelque chose

Mon compagnon s’est mis à aller dormir dans une autre chambre, car il ne supportait plus mes ronflements. Pour une femme, dans le rapport qu’elle entretient avec sa féminité, c’est terrible. C’est là que j’ai compris que je souffrais probablement d’apnée du sommeil. N’en pouvant plus, je me suis donc rendue chez mon médecin et, le soir même, à la maison, je me branchais sur une petite machine portative qui allait mesurer différents paramètres pendant la nuit. Le diagnostic est tombé, sans grande surprise: «Madame, vous souffrez d’une apnée du sommeil sévère.» J’étais donc au clair par rapport au mal dont je souffrais, mais j’appréhendais la suite. Il m’était difficile en effet d’accepter le fait d’être banchée à une machine et de dormir avec un masque sur le nez. Côté glamour, il y a mieux quand même...

La délivrance!

Cependant, l’équipe médicale qui m’a prise en charge a été formidable. Ces professionnels m’ont rassurée et, quelque part, ont réussi à dédramatiser l’idée que je me faisais de cette situation. Le premier mois, une personne venait chaque semaine pour affiner les réglages. Au final, mon compagnon et moi-même nous sommes habitués à ce nouveau «mode de nuit». Les choses ne sont pas si terribles que cela par rapport à l’immense bénéfice que j’en retire. Pour vous donner une idée: imaginez que vous avez vécu dans les limbes pendant quatre ans et que du jour au lendemain, vous retrouvez une intensité de vie et une énergie que vous aviez tout simplement perdues. Par effet contraste, je me rends compte maintenant que j’étais souvent le fantôme de moi-même.

N’attendez pas, agissez!

Si vous êtes en proie à de la somnolence ou à des ronflements chroniques, je vous encourage vivement à faire un contrôle sans tarder. En cas d’apnée du sommeil et grâce aux progrès de la médecine, vous pourrez revivre pleinement votre vie et, surtout, rester en bonne santé.

* Prénom fictif