Dans votre vie, tout a basculé en quelques secondes...
Oui, je roulais normalement au centre-ville à moto et une voiture me coupe la route.

Après une brutale collision et un vol plané, je suis arrivé à protéger mon dos et me suis retrouvé conscient sur le bitume avec une douleur si vive et une vision sur ma jambe si mutilée que mes pensées sont allées très vite.

J’ai repensé à tous les efforts que j’avais faits et les rêves que j’avais encore. Je me répétais en boucle, pourvu que je puisse encore faire du sport.

Pourquoi le sport est-il si important?
Adolescent, j’étais obèse puis je me suis mis à faire beaucoup de sport pour être bien dans mon corps et le sculpter. Les concours, les sessions de coaching, le travail physique intense, tout cela était central dans ma vie.

Aujourd’hui, je suis fier de pouvoir retourner en compétition avec les valides. Je ne veux pas que l’on considère mon handicap comme une excuse pour faire moins bien, je désire simplement être à la hauteur.



Instagram, Facebook, apparitions médiatiques ou conférences, vous êtes très présent et très suivi. Comment se fait-ce?
Dès mon amputation, j’ai décidé d’en parler sur les réseaux sociaux et une communauté s’est formée. Il y a, selon moi, deux réactions possibles face au handicap. La première serait de se plaindre, de se morfondre et d’attirer la pitié.

La seconde, c’est de tenter d’attirer l’admiration et l’inspiration. Je fais tout pour être dans le second cas. Si Oscar Pistorius était tant apprécié, c’est d’abord parce qu’il courait au moins aussi vite qu’un valide de très haut niveau!

Et vous avez récemment lancé votre propre fitness…
Oui, c’était un rêve. Je voulais une salle de sport à Lausanne qui ne fasse pas de chichi et qui offre une ambiance familiale pour s’entraîner spécialement à la musculation.

C’est aussi une reconversion professionnelle puisque je ne pouvais pas passer mes journées à coacher sportivement, cela ne convient pas avec mes nouvelles contraintes. J’ai maintenant un nouvel objectif: j’aimerais ouvrir un fitness ou adapter le mien spécialement pour les personnes handicapées.

Il y a également un grand manque de ce côté-là.

«Adolescent, j’étais obèse puis je me suis mis à faire beaucoup de sport pour être bien dans mon corps et le sculpter.»

Etre inspirant, c’est aussi profiter de son aura et de sa visibilité pour porter la voix de personne en situation de handicap, non?
Exactement! Quand je vois comment il est compliqué de demander à la poste d’amener un colis devant mon appartement, quand je vois à quel point les places de parc «handicapé» manquent dans ma ville, je me dis qu’il est encore nécessaire de se battre.

Dans notre pays, il est inadmissible que de grands établissements qui font un bénéfice impressionnant n’en utilisent pas une partie pour permettre l’accès physique à des personnes en chaise roulante, par exemple. Cela me choque!