Théo Gmür, à vous voir dévaler les pentes de ski, votre hémiplégie passerait presque inaperçue. Quelle est l’origine de votre handicap ?

J’avais 2 ans lorsqu’un accident vasculaire cérébral m’a laissé hémiplégique du côté droit. Face à cette fatalité, mes parents n’ont pas baissé les bras et ont tout fait pour m’encourager à vivre le plus possible comme les autres, comme si j’étais valide.

Poussé par eux et voulant ressembler à mon grand frère Thomas, mon modèle, j’ai commencé le ski très tôt, aux alentours de 3 ans.

Vous avez donc découvert le ski en famille ?

Oui, j’ai énormément skié avec ma famille. Mon frère est d’ailleurs devenu un excellent coureur de demi-fond. Avec le temps, j’ai commencé à participer aux PluSport-Camps et, petit à petit, je suis passé de l'équipe junior à l'équipe A.

Votre vie professionnelle a pris un tournant différent l’année dernière avec vos deux premiers succès en coupe du monde.

C’est en effet en 2017 que tout s’est rapidement accéléré et que ma vie, tant sportive que privée, a pris une tournure différente. 2017 a été l’année de tous les possibles puisque je suis devenu vice-champion du monde en slalom géant et en classement général.

J’ai aussi reçu la récompense de « Révélation de l’année 2017 » grâce à ces succès. Et puis bien sûr, cette année, contrairement à la plupart des athlètes, il s’agissait de ma première participation aux Jeux paralympiques. Remporter trois médailles d'or a été la cerise sur le gâteau.

L’année 2017 a été couronnée de succès alors qu’il y a peu de temps, en 2015, vous avez vécu des moments particulièrement douloureux et de nombreux épisodes de doutes. Que s’est-il passé ?

J’ai dû subir deux grosses opérations à la cheville et au poignet droits car leurs muscles s’atrophiaient et je n’étais plus aussi mobile. J’ai énormément souffert des opérations et la rééducation a duré des mois.

 

 

Vous mentionnez que votre vie et votre carrière ont été bousculées en une année. Comment décririez-vous ce que vous avez ressenti ?

Avant le succès et la notoriété, il a fallu gérer le stress car les attentes étaient élevées.

Ensuite, il est vrai que cela a été une véritable explosion de joie indescriptible et incroyable. Il est difficile de mettre des mots sur le bonheur que j’ai ressenti ; ces journées resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

Comment avez-vous géré la pression en arrivant en Corée du Sud ?

Au début, étant donné qu’il s’agissait de mes premiers jeux, j’étais un peu dans l’insouciance. En débarquant à PyeongChang et en découvrant l’immensité des infrastructures, j’ai vite réalisé que les enjeux étaient différents et le stress est monté.

Ce n’est que lors de la cérémonie d'ouverture que je me suis débarrassé de la pression et que j'ai pu me détendre. Tout s'est passé plus facilement après ça et j’ai pu commencer les compétitions dans les meilleures dispositions. L’obtention de ma première médaille d'or a été celle qui m’a procuré le plus d’émotions car je la voulais vraiment !

En super G, j'ai eu de la chance, car à quelques portes de l’arrivée, dans un virage pied droit, j'étais presque au sol, mais je suis parvenu à me récupérer grâce au travail de la jambe intérieure gauche.

Vous donnez de nombreuses conférences au cours desquelles vous rencontrez et inspirez de nombreuses personnes handicapées physiques et mentales. Comment vivez-vous ce nouvel état de porte-parole ?

Je suis très heureux de pouvoir inspirer d’autres personnes, valides et handicapées. Le fait que le handisport reçoive plus d’attention qu’avant et qu’il soit de plus en plus médiatisé est un excellent développement, même s’il reste encore un long chemin à parcourir.

Pour les athlètes, cela signifie que la recherche de sponsors sera plus facile et que leurs vies sportive, professionnelle et privée pourront ainsi trouver un meilleur équilibre.

Vous vivez actuellement dans la région de Bienne où vous suivez des études de sportif d’élite à la Haute école fédérale de sport (EHSM) à Macolin. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre vie d’étudiant à mi-temps ?

Après avoir obtenu un CFC d’employé de commerce, j’ai décidé d’étudier à l'EHSM. Cela fait maintenant 3 années que j’y suis et je dois dire que pour moi, c’est la solution idéale pour ma formation professionnelle à côté du sport.

Avant moi, cette institution réputée n’avait jamais accueilli d’athlète handisport et il a fallu les convaincre.

Hormis le fait d’étudier dans de petites classes et d’être entouré de bons sportifs, un autre grand avantage pour moi est de pouvoir utiliser l'infrastructure présente pour mon entraînement physique. L’école permet également une grande flexibilité aux sportifs de haut niveau.

 

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