En tant que discipline, la musique est aujourd’hui un véritable atout pour l'accompagnement des personnes en situation de handicap; comment s’est faite votre collaboration?

Jérôme Laederach: J’ai eu la chance de rencontrer Martine Pernoud en 2001 et nous avons confronté nos regards sur l’importance de la musique dans l’accompagnement des personnes ayant une déficience intellectuelle. L’approche et les compétences de Martine rejoignaient parfaitement les valeurs de la Fondation Ensemble. A partir de là, notre collaboration est devenue évidente.

Martine Pernoud: La musique facilite l'interaction et l'expression de soi, c’est ce que nous cherchions à développer. Elle crée un contexte social sûr et structuré pour la communication verbale et non verbale. Nous avons donc très vite constaté qu’elle permettait aux bénéficiaires de s’exprimer et de développer leurs potentialités.

 

 

Concrètement, comment avez-vous adapté les ateliers de musique aux personnes ayant un handicap mental?

Martine Pernoud: La Fondation Ensemble a décidé de s’équiper d’un ensemble d’instruments Baschet, utilisés spécifiquement dans le cadre de la pédagogie musicale d’éveil et de créativité. Au nombre de 14, ces structures sonores conviennent à tous les âges et génèrent presque à elles seules des compétences: une minute après leur prise en main, on joue de la musique. Ce qui est fantastique, c’est que ces instruments mettent les enfants et les adultes au centre de la relation et non de l’apprentissage. Conformément à notre pari, ils ont essaimé dans toutes les institutions de la Fondation Ensemble et rencontré un même succès auprès de bénéficiaires jeunes et âgés pourtant bien différents.

Jérôme Laederach: Pour les éducateurs aussi, l’arrivée des instruments Baschet a été un élément très positif et motivant. Nous avons mis en place un pôle important de formation pour nos collaborateurs qui se sont très vite approprié cette approche. Mais le plus important pour eux, durant les ateliers de pratique de ces structures sonores Baschet, a été de découvrir de nouvelles capacités et des pans cachés de la personnalité des bénéficiaires qu’ils accompagnent au quotidien.

Peut-on parler de résultats après ces années passées à utiliser la musique comme démarche d’accompagnement?

Jérôme Laederach: La musique n’est pas une baguette magique, c’est un outil comme un autre, et ces instruments Baschet sont particulièrement adaptés pour développer la sphère sensorielle. On observe des jeunes avec des difficultés comportementales qui jouent et s’ouvrent comme si émanait d’eux une nouvelle capacité de maîtrise d’eux-mêmes. Cela s’exprime à travers l’interaction, en jouant de manière alternée, en s’inspirant l’un de l’autre, en partageant une expérience. Ils communiquent en jouant la partition de l’humain.

Martine Pernoud: A l’occasion d’un atelier-conférence qui se tiendra le 4 mars prochain au Studio Ernest Ansermet à Genève, nous présenterons justement les résultats d’une utilisation thérapeutique des petits instruments Baschet. Elle s’est révélée particulièrement pertinente pour des enfants, des adolescents et des adultes ayant une déficience intellectuelle ou des troubles du spectre autistique. Je présenterai grâce à de nombreux exemples le fruit de quatre années de pratique avec des bénéficiaires des cinq institutions de la Fondation Ensemble et leurs éducateurs. Ce sera également l’occasion pour le public de toucher et d’essayer ces instruments hors du commun. Le soir, un concert de l’Ensemble Hope mettra en valeur le patrimoine encore méconnu des grandes structures Baschet au travers de créations contemporaines.