Dix ans après l’instauration de la Loi sur l’égalité pour les handicapés, estimez-vous qu'il est toujours nécessaire de se battre?

Bien des choses se sont améliorées pour les personnes en situation de handicap. Mais nous nous heurtons toujours à des limites. Pour les sourds,   il est impossible d’aller au cinéma. Les aveugles ont des problèmes d’utilisation des automates à billets. Les personnes en fauteuil roulant ne trouvent pas d’appartements sans barrières. Les personnes atteintes de troubles psychiques ont des difficultés sur le marché du travail. Nous sommes encore bien loin d’une réelle inclusion des personnes en situation de handicap.

Comment pouvons-nous alors améliorer la situation?

Il faut pour cela une volonté ferme, des efforts redoublés et une forte conscientisation dans des domaines tels que la politique, l’administration, l’économie et la société.

L'arsenal juridique est-il réellement utile?

Aucun Etat de droit – parmi lesquels compte la Suisse – n’y parvient sans bases légales. Et le terme «arsenal» me paraît inadéquat dans le contexte du handicap. De facto, nous, personnes en situation de handicap, pouvons nous appuyer sur deux outils légaux: la LHand et la Convention de l’ONU relative aux droits des handicapés. Finalement, ce qui compte et est décisif n’est pas le nombre de lois dont nous disposons, mais de savoir dans quelle mesure elles sont appliquées.

Au mot intégration, vous préférez inclusion. Quelle est la différence?

L’inclusion est la suite logique de l’intégration. L’intégration décrit la manière dont une personne est en quelque sorte «incorporée» dans un système déjà existant. Le système ne subit pas de modification substantielle pour ce faire, et c’est plutôt à l’individu intégré de s’adapter. L’inclusion, en revanche, souhaite disposer dès le départ d’un système commun à tous les individus – avec ou sans handicap – dans lequel personne ne serait victime ni d’exclusion ni de stigmatisation.

Avez-vous l'impression que le grand public est conscient de ce manque d'égalité?

Malheureusement, le grand public manque de connaissances et est encore peu sensible aux multiples difficultés auxquelles sont confrontées les personnes en situation de handicap. Il est particulièrement affligeant de constater en particulier que les personnes dont le handicap est invisible  – comme p. ex. les personnes atteintes d’un trouble psychique –  sont confrontées à des préjugés. L’ignorance est d’autant plus surprenante qu’en Suisse, 1,4 million de personnes – soit environ un habitant de notre pays sur six – vivent avec un handicap.

Pour quelles activités ce manque d'égalité est-il particulièrement problématique?

Le ressenti des personnes en situation de handicap varie de l’une à l’autre, en fonction aussi des principales orientations de leur vie. Personnellement, je trouve choquant qu’il y ait toujours aussi peu de personnes actives en politique.