Depuis une vingtaine d’années, les scientifiques ont démontré l’importance des 1000 premiers jours de vie. De quoi s’agit-il?

Cela désigne la période qui va de la conception aux deux ans de l’enfant. C’est le moment du projet d’enfant, puis du développement du bébé, la mère va le sentir bouger dans son ventre, plus tard, il va apprendre à regarder, sourire, ramper, se mettre à quatre pattes, marcher ou parler; à se nourrir aussi.

Mais c’est également la période où il sera le plus vulnérable. De nombreuses recherches prouvent qu’il s’agit d’une période unique de sensibilité à l’environnement – qu’il soit nutritionnel, psycho-affectif ou écologique – et que cette période influencera sa santé future en tant qu’adulte.

Ainsi, par exemple, le risque d’infarctus à l’âge adulte est autant lié au poids de naissance, donc au développement in utero, qu’à tout autre facteur de risque comportemental à l’âge adulte.

Comment l’expliquer?

L’expression du patrimoine génétique de l’enfant est influencée par des facteurs extérieurs.

Les principaux processus biologiques et physiologiques fondamentaux sont programmés durant cette période du développement et cela, pour toute la durée de la vie. L’expression du patrimoine génétique de l’enfant est influencée par des facteurs extérieurs, de l’environnement: nutrition, interactions, exposition au stress, etc. Ces modifications ne touchent pas les gènes eux-mêmes mais créent des marques moléculaires sur l’ADN, de nature épigénétique.

Ainsi, l’exposition à des conditions environnementales défavorables déclenche des adaptations qui auront d’ailleurs des conséquences sur plusieurs générations.

Dans ce cadre, quel rôle joue l’alimentation?

La manière dont se nourrit la maman pendant la grossesse est très importante. Une nutrition suboptimale chez la mère, carencée ou, à l’inverse, une relative surnutrition vont augmenter chez son futur enfant le risque d’obésité ou de diabète à l’âge adulte.

L’éveil sensoriel et gustatif, la diversification de la nourriture, les relations des parents lors des repas, ont un impact sur la santé à long terme du bébé. Mais ce n’est pas tout: l’activité physique, le sommeil, le stress sont autant d’éléments déterminants dans son bon développement.

Quels sont les autres facteurs?

L'exposition fœtale ou en début de vie à des toxiques de l’environnement, allant des métaux lourds aux perturbateurs endocriniens, agit sur le métabolisme, les fonctions du système immunitaire et neurologique ainsi que sur la fonction reproductive.

Cette situation représente un problème de santé public majeur dans nos pays développés. Comment améliorer la situation?

Le travail de prévention est primordial. C’est la responsabilité des professionnels de santé mais également de toute la société. Mais il faut veiller à ne pas culpabiliser les parents. Nous expliquons souvent aux femmes enceintes d’éviter de trop grandes variations de poids avant et pendant la grossesse, et bien sûr d’éviter le tabac, l’alcool, ainsi que, autant que possible, les stress délétères, les polluants et l’importance de pouvoir allaiter son enfant.

Changer ses habitudes alimentaires et son hygiène de vie est à la fois bénéfique pour l’enfant, surtout si ces bonnes habitudes se prennent avant même la conception, mais aussi pour les parents. Il faut leur présenter les choses de manière positive tout en expliquant que la situation n’est pas irréversible. Il n’y a pas de fatalité.