Banalisation de la consommation

Boire pour passer le temps, pour se réconforter ou pour oublier notre condition de mortel, est une mauvaise habitude qui peut s’installer rapidement et généralement plus vite qu’on ne le croit. Les conséquences délétères de la consommation excessive d’alcool sont trop souvent sous-estimées dans une société qui associe sa consommation à un moment festif, voire de récompense à la fin d’une journée bien trop épuisante.

Dans son étude de 2016, la fondation Addiction Suisse rapporte qu’en Suisse, plus d’une personne sur vingt (4,3%) a une consommation d’alcool à risque. Selon elle, il y aurait relativement peu de différences entre les femmes et les hommes, mais on observe une augmentation avec l’âge allant de 3,3% chez les 25-44 ans à 7,1% chez les 65-74 ans (étude de 2016).

Les clichés séduisants véhiculés par l’industrie du cinéma ne se reflètent pas dans le quotidien de beaucoup de personnes pour qui la consommation d’alcool est un problème lorsqu’elle est démesurée par rapport à leur condition physique et mentale.

Dans ce contexte sociétal de banalisation de la consommation, deux groupes à risque sortent du lot, à savoir les jeunes et les seniors.

Alors que le premier groupe bénéficie d’une forte attention au travers de campagnes de sensibilisation, leurs aînés ne sont pas toujours directement visés par de telles actions car on leur attribue des maux bien plus importants et imminents tels que les maladies cardio-vasculaires, neurodégénératives ou la déshydratation en été.

C’est donc sournoisement et de manière cachée, puisque souvent ignorée, que la dépendance à l’alcool se développe chez les personnes âgées.

A quel moment la quantité d’alcool devient-elle problématique?

L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que, pour une personne adulte en bonne santé, une consommation devient problématique à partir de deux verres (un verre représente 1 dl de vin, 3 dl de bière, 2 cl d’alcool fort) par jour pour les femmes et de quatre verres pour les hommes. Addiction Suisse abaisse quant à elle ces quantités à un verre par jour pour les femmes et deux pour les hommes.

Les seniors, proies fragiles

Comment la consommation excessive de boissons alcoolisées s’immisce-t-elle dans le quotidien des seniors? La réponse semble malheureusement lapidaire: face à des événements de vie déstabilisants tels que le passage à la retraite, la perte d’un être cher, la survenance de maladies ou la perte de fonctions physiques et mentales, la dépendance s’installe tout simplement car elle fait office de refuge, voire de béquille.

En effet, qu’il s’agisse d’une consommation pour combler un manque, un vide ou pour donner un caractère un peu festif à une journée bien trop morne, l’alcool a de nombreuses mauvaises raisons pour entrer chez les personnes âgées et vouloir y rester.

Effets néfastes sur la santé

La réduction naturelle de la masse musculaire avec l’âge induit une diminution de la quantité d’eau dans le corps avec pour conséquence directe une résistance amoindrie à l’alcool et des effets plus rapides, plus prononcés et qui durent plus longtemps. En effet, l’alcool consommé par un sujet plus âgé mettant plus de temps à être éliminé, sa consommation engendre plus vite des dommages physiques ou une addiction.

Les effets néfastes, nombreux, seraient à la fois tant physiques (hypertension, problèmes hépatiques, maladies cardio-vasculaires et augmentation des risques de cancer) que psychologiques puisque la dépendance à l’alcool renforce l’isolement et aggrave les états dépressifs.

Cocktails explosifs

En proie à diverses affections, nombreuses sont les personnes âgées à suivre un traitement médicamenteux. Le mélange médicaments - alcool peut s’avérer dévastateur, voire mortifère en cas de prise de psychotropes tels que somnifères et antidépresseurs puisque ce cocktail peut augmenter le risque d’endormissement et des pertes de mémoire, diminuer les réflexes ainsi que perturber la coordination et l’équilibre.

Ces signes sont pour l’entourage souvent associés à la vieillesse alors qu’ils ne sont que le reflet de l’addiction à l’alcool.

Trouver de l’aide

Environ un demi-million de personnes souffrent en Suisse à cause du problème d’alcool d’un proche. Le processus de guérison commence généralement par la prise de conscience du problème et le fait de pouvoir surmonter les sentiments de honte ou de culpabilité qui peuvent toucher la personne senior et/ou les proches.

Des tests tels que Alcooquizz du CHUV peuvent aider (www.alcooquizz.ch). La prise en charge ne se traduit d’ailleurs pas nécessairement par l’interdiction de toute prise d’alcool, qui pourrait déclencher de graves symptômes de manque, et vise avant toute chose à améliorer la qualité de vie de la personne en l’aidant à modifier et réduire sa consommation.

Le médecin de famille ainsi des services professionnels peuvent renseigner, aider et accompagner dans cette prise en charge.