Qu’est-ce que la chirurgie ambulatoire, quels types de chirurgie sont concernés?

La chirurgie ambulatoire comprend les petites interventions en anesthésie locale telles qu’elles peuvent être réalisées dans le cabinet d’un médecin installé aussi bien que les interventions réalisées en anesthésie complète dans un hôpital avec une rentrée du patient à domicile le jour même.

Toutes les interventions dont l’impact sur le corps du patient (trauma chirurgical) est limité, qui ne sont pas trop longues, qui ne créent pas de douleur postopérative ou de perte de sang trop importantes se prêtent à la chirurgie ambulatoire.

«Moins de complications signifie meilleure santé de la population et moindre coût global» 

On parle aujourd’hui de la chirurgie des membres supérieurs et des pieds, de la chirurgie dentaire, de la chirurgie plastique, d’interventions ORL ou maxillo-faciales, de petites interventions de la chirurgie viscérale (hernies, proctologie) ou orthopédique (ménisque, ligaments).

Mais grâce aux avancées de la chirurgie mini-invasive et de techniques anesthésiques très ciblées, le champ de cette chirurgie s’amplifie rapidement: dans certains pays, un pourcentage significatif de prothèses totales de hanches et du genou est réalisé en mode ambulatoire. Et d’autres avancées sont réalistes dans beaucoup d’autres domaines de la chirurgie mini-invasive.

Quels sont les avantages pour le patient d’une prise en charge ambulatoire par rapport à une hospitalisation?

Pour le patient, il y a plusieurs avantages. Le plus important, c’est que les risques associés à une opération (risque d’infection, d’embolie, d’autres complications) sont beaucoup plus faibles en mode ambulatoire qu’en mode stationnaire.

Cela tient essentiellement au fait que les techniques opératoires et anesthésiques utilisées en ambulatoire sont plus ciblées et ont moins d’effets indésirables sur le patient. La récupération et remobilisation du patient est également plus rapide. Et finalement, le patient peut rentrer plus rapidement à la maison ce qui facilite aussi une guérison plus rapide.    

A votre avis pour quelles raisons la chirurgie ambulatoire n’est pas spécialement promue en Suisse contrairement à ce qui se passe chez nos voisins?

Il y a deux raisons importantes pour cela: la première, c’est qu’en Suisse contrairement à nos pays voisins, l’Etat (cantons et Confédération) n’a entrepris aucune initiative systématique pour promouvoir cette chirurgie jusqu’en 2016.

En France et en Allemagne, depuis plus de vingt ans, un effort systématique a été entrepris pour faire profiter les patients le plus rapidement possible des nouvelles possibilités offertes par le développement de la technologie médicale.

Ensuite, en Suisse, les structures tarifaires offrent une rémunération des prestataires, notamment des hôpitaux, beaucoup plus généreuse en mode stationnaire qu’en mode ambulatoire, d’où l’intérêt limité des hôpitaux et des cliniques à se lancer dans cette voie. Mais on peut observer un développement: plusieurs cantons ont déjà annoncé qu’ils n’allaient dorénavant plus prendre en charge certaines interventions en mode stationnaire sauf exception justifiée par la situation du patient.

Comment voyez-vous à moyen terme le transfert de l’hospitalier vers la chirurgie ambulatoire, dans le système de santé suisse?

L’intérêt des patients est évidemment aussi l’intérêt du système de santé: moins de complications signifie meilleure santé de la population et moindre coût global. Les interventions ambulatoires sont évidemment aussi plus économiques: une grande entreprise de conseil a estimé l’économie probable d’ici quinze ans à un milliard de francs par année.

Mais pour moi, la raison essentielle qui va obliger le système de santé suisse à adopter une pratique ambulatoire systématique, c’est que les infrastructures de chirurgie stationnaire devront être utilisées pour absorber le nombre croissant d’opérations de patients âgés et très âgés.

Le progrès de la technologie médicale amène d’un côté la possibilité d’opérer de manière moins invasive et plus ciblée (ce qui rend possible un virage ambulatoire) mais de l’autre côté la possibilité d’opérer des patients qui jusqu’à présent ne pouvaient pas être opérés.

Globalement, le nombre d’interventions stationnaires «lourdes» va donc rester stable et la chirurgie ambulatoire est appelée à se développer de manière significative dans les hôpitaux.