Le dossier électronique est omniprésent dans les hôpitaux, il progresse rapidement dans les cabinets. Mais pourquoi est-il si peu connecté? C’est que son contenu est sensible, strictement protégé.

Seul le patient peut en disposer et, à l’heure de WikiLeaks et du vol de données bancaires, il n’est pas question de transmettre un rapport médical à un destinataire non validé.

La Loi fédérale sur le dossier électronique du patient (LEPD) entrera prochainement en vigueur. Elle donne un cadre global, non pas à la constitution d’un dossier électronique par le fournisseur de soins, mais à une transmission automatisée de son contenu.

Eviter la répétition inutile d’examens est probablement le moins bon argument longtemps mis en avant

Le point central est l’adhésion volontaire du patient à un système sécurisé dont il contrôle strictement les ayants droit et l’accès d’urgence.

Eviter la répétition inutile d’examens est probablement le moins bon argument longtemps mis en avant. En revanche, la transmission sans délai au médecin de famille d’un rapport de sortie d’hôpital comportant le traitement et les médicaments prescrits est fondamentale.

Le suivi de pathologies complexes à domicile par des tableaux de bord partagés, la coordination de plans de traitement entre de multiples intervenants est aussi une avancée à relever. La condition est une intégration efficace au dossier propre du médecin et de l’infirmière pour faciliter sa mise à jour.

Une récente étude réalisée au CHUV a montré qu’un médecin assistant en médecine interne consacrait trois fois plus de temps à alimenter le dossier électronique qu’en contact avec le patient. Cette interface patient-soignant est pourtant centrale.

Elle permet d’interpréter, d’expliquer, d’établir une relation de confiance. Dans les cabinets aussi, les tâches dites «en l’absence du patient» ou sur la base d’un téléphone, augmentent rapidement, poussant les assureurs à réagir en suspectant les médecins de facturation abusive.

L’enjeu financier est essentiel à l’innovation. Les moyens directement disponibles pour la cybersanté sont dérisoires et le temps de travail supplémentaire impacte l’assurance-maladie alors qu’on ne parle que d’endiguer les coûts.

La Suisse consacre pourtant la même proportion de son PIB à la santé (11,1% en 2014) que la France ou l’Allemagne. Ainsi, la première menace à craindre pour le déploiement de la cybersanté, c’est une politique fortement restrictive du budget de la santé.