Le cancer est un fléau mondial...

...qui n’épargne aucune région du globe. Si les pays industrialisés comme le nôtre sont surtout touchés par les cancers liés au mode de vie occidentale, comme la consommation de tabac, d’alcool, la sédentarité, la malbouffe ou la pollution, les pays dits en voie de développement sont davantage affectés par des cancers liés aux infections.

L’OMS prévoit une augmentation de 75% des cancers pour 2020, et la grande majorité de cette hausse surviendra dans les pays défavorisés qui adoptent rapidement nos comportements.
 

En Suisse, le cancer est particulièrement fréquent, plus élevé que la moyenne européenne.


Nos chiffres sont sans appel: un homme sur deux et une femme sur trois seront touchés au cours de leur existence.

Les cancers du sein, de la prostate, du poumon et du côlon représentent à eux seuls plus de 50% des cancers survenant dans la population suisse. En termes de mortalité en revanche, la Suisse se retrouve plus bas que la moyenne des pays d’Europe, démontrant indirectement l’efficacité de son système de soins.

Pour la première fois...

...depuis des décennies d’augmentation, le risque de développer un cancer se stabilise, voire même tend à diminuer en Suisse. Chez l’homme, c’est le cancer du poumon qui diminue de façon impressionnante en raison de la fin de l’épidémie du tabagisme.

Chez la femme, c’est le cancer du col qui est devenu une rareté grâce aux frottis de dépistage et le cancer du sein qui enfin se stabilise! La mortalité par cancer diminue pour les cancers dans leur ensemble et plus particulièrement pour le cancer du sein et de la prostate grâce au dépistage.

Malheureusement, les femmes ayant pris les habitudes tabagiques des hommes, voient leur risque de mourir d’un cancer du poumon grimper et la mortalité par ce cancer est en train de dépasser celle du cancer du sein…

Dans les deux sexes, les cancers colorectaux occupent aussi une place prépondérante en termes d’incidence et mortalité. Le dépistage de leurs lésions précoces, qui va enfin se généraliser au niveau de la population suisse, va probablement faire reculer drastiquement l’impact de ce cancer.

Si les six lettres du mot «cancer»...

...signifient encore une menace vitale pour la personne touchée, sous ce terme sont regroupées en fait des maladies très différentes de par leurs causes, leurs caractéristiques, l’organe touché, leurs traitements ou leurs pronostics.  Certains cancers comme le mélanome, le testicule, la thyroïde ont des taux de survie aujourd’hui devenus excellents. D’autres, au contraire, sont des serial killers qui continuent d’échapper aux soins curatifs.

Notre pays peut être fier d’avoir une survie après cancer parmi les plus élevées du monde. Cette survie ne cesse d’augmenter grâce aux progrès thérapeutiques et au diagnostic plus précoce. Cette augmentation de la durée de vie des personnes atteintes explique pourquoi de plus en plus de patient-e-s vivent avec ce diagnostic.
 

On estime qu’ils sont plus de 300 000 en Suisse, soit plus du double qu’il y a vingt ans.
 

Jusqu’à présent, l’amélioration de la survie restait le principal objectif à atteindre et la qualité de vie n’était pas une priorité clairement nommée. Ce n’est que très récemment que la qualité de vie est devenue un sujet de préoccupation.

Pour la majorité des patients...

...il s’agit de vivre et non pas de survivre à n’importe quel prix. Si les traitements sont de plus en plus efficaces, leurs effets adverses à court et à moyen terme peuvent être redoutables tant au niveau physique que psychosocial et économique.

Dans notre pays, dont le système de santé est un des plus chers du monde, on pourrait s’attendre à ce que les inégalités d’accès aux soins optimaux soient minimales. Loin s’en faut.

Par exemple, pour le cancer du sein, les patientes issues d’un niveau social défavorisé meurent deux fois plus que nos cadres supérieurs, une différence encore plus marquée que celle observée entre les femmes blanches et les noires américaines. Ces inégalités grèvent notre crédibilité de pays dit riche.   

Derrière ces chiffres se terre toute la souffrance des patient-e-s et de leurs proches. Si nous professionnels concernés avons acquis un savoir important, nous tournons la page en rentrant à la maison. Les patient-e-s quant à eux vivent 24 heures sur 24 avec la maladie, et c’est sur la base de leur vécu qu’ils ont forgé une véritable expertise sur la maladie.

Cet éditorial leur est dédié et ce numéro de Mediaplanet leur donne, à juste titre, la parole.