Le gynécologue en 2018

Il fut un temps, pourtant relativement proche, où le gynécologue obstétricien était comme on le nommerait aujourd’hui, «multitâche». Durant sa journée de travail, qui se prolongeait souvent tard dans la nuit, il avait à s’occuper de femmes en bonne santé venant simplement faire leur «contrôle annuel», de problèmes de ménopause, du suivi de grossesses à risque ou physiologiques, de troubles de la sexualité ou de patientes atteintes de cancer.

Appelé en urgence, il pouvait être amené à pratiquer un geste obstétrical délicat, instrumenté ou non, afin de faire naître un enfant dans les meilleures conditions. Il n’était pas rare que durant une journée opératoire il était amené à effectuer une césarienne, enlever une tumeur du sein, traiter une grossesse extra-utérine et corriger un prolapsus génital invalidant.

L’évolution de la gynécologie obstétrique suit l’évolution de la médecine en général. En quelques années, le «multitâche» a été remplacé par le superspécialiste, ce qui est dans la majorité des cas un bien pour la patiente traitée. Son traitement sera optimalisé en fonction de sa pathologie. Une tumeur gynécologique avancée nécessitera une équipe de pointe et un opérateur spécialisé en onco-gynécologie. Une femme souffrant d’un cancer du sein sera prise en charge par un centre du sein et une grossesse à haut risque nécessitera l’implication d’obstétriciens, d’échographistes et de pédiatres.

Ces dernières années, quatre spécialisations supplémentaires ont vu le jour. L’onco-gynécologie (prise en charge des cancers gynécologiques avancés), l’uro-gynécologie (traitement des troubles urinaires), la médecine fœto-maternelle (spécialisation autour de la maman et de son bébé à venir) et la médecine de la reproduction et endocrinologie gynécologique.
 

Cette évolution a pourtant un prix que la patiente et son entourage doivent accepter. Leur gynécologue traitant avec lequel ils ont tissé des liens de confiance parfois sur plusieurs années ne sera plus, dans la majorité des cas, celui qui l’opérera ou l’accouchera.
 

L’acceptation de la prise en charge par une tierce personne ou une équipe hospitalière inconnue, parfois déstabilisante pour des patientes déjà fragilisées, est une condition incontournable au bon processus de traitement. Le gynécologue traitant doit de son côté également adapter sa façon de penser la prise en charge de sa patiente, accepter ses limites et déléguer les actes nécessaires.

L’évolution de notre spécialité se retrouve également dans de nombreux actes effectués lors de notre activité quotidienne

Un exemple révélateur en est le NIP test, soit le dépistage prénatal non invasif. Ce test effectué sur une simple prise de sang chez la future mère et pris en charge par l’assurance maladie sous certaines conditions, a permis de diminuer de façon drastique les amniocentèses responsables d’un nombre non négligeable d’effets indésirables allant jusqu’à la perte du bébé à venir.

L’évolution de la chirurgie n’est pas en reste. Les opérations effectuées naguère par laparotomie (ouverture large du ventre) sont de plus en plus remplacées par des interventions minimales invasives, par laparoscopie. Les petits trous ont remplacé les grandes cicatrices ce qui n’est pas uniquement un progrès esthétique. La diminution des douleurs postopératoires permet un séjour hospitalier raccourci et une reprise du travail habituellement plus rapide, aidant de ce fait à réduire les coûts de la santé et l’impact sur les coûts indirects d’une longue durée d’absence au travail.

L’imagerie médicale et plus particulièrement l’échographie a également bénéficié des progrès technologiques inouïs. En à peine un quart de siècle nous sommes passés d’images à peines visibles à une lecture 3D voire 4D dynamique, avec lissage des volumes améliorant le rendu permettant aux futurs parents de faire connaissance avec leur bébé. Mais l’imagerie est bien plus que cela. Elle est devenue une aide précieuse au diagnostic gynécologique, à la détection de pathologies et à la planification préopératoire.

La génétique oncologique est également un domaine en pleine évolution. Des tests génétiques complexes et plutôt rarement effectué de nos jours, permettent d’optimaliser et d’individualiser les traitements de cancers ou de détecter des familles à haut risque. Les perspectives de ces tests sont immenses et seront dans quelques années utilisées de routine.

Toutes ces percées technologiques ne doivent pas faire oublier le rôle central du gynécologue obstétricien: L’écoute, l’empathie, le dialogue, l’accompagnement, le respect, le conseil, l’encouragement…

La formation de nos jeunes collègues, dévolue aux hôpitaux reconnus comme centres de formation, répartis sur toute la Suisse, organisés en réseau et chapeauté par la SSGO Gynécologie suisse et l’ISFM (Institut suisse pour la formation médicale et continue), se doit d’englober toutes ces facettes fascinantes de la gynécologie obstétrique.