Pierre-Yves Dietrich
Médecin-Chef du centre d’oncologie aux HUG

Aujourd’hui, si vous souffrez d’un cancer, vous serez soumis à un nombre important de traitements. Ceux-ci ont chacun leur lot d’effets secondaires, parfois très pénibles. Et pourtant, tous ne sont pas nécessaires. «Assez fréquemment, nous débutons des traitements dont nous savons que seuls 20 à 30  % des patients vont bénéficier, mais sans savoir pour qui ces traitements seront utiles.», précise Pierre-Yves Dietrich, le chef du centre d’oncologie aux Hôpitaux Universitaires de Genève. C’est précisément ce rouleau compresseur médical que l’oncologie personnalisée permettra de remplacer par des traitements ajustés à la tumeur et au patient. Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, cette méthode très individualisée de prise en charge ne créera pas forcément des coûts supplémentaires pour les systèmes de santé. Certes, les frais seront généralement plus importants en amont de la thérapie, mais l’économie créée par l’arrêt du gaspillage de substances inutiles pourrait bien compenser ce surcoût.

Mieux connaître afin de mieux combattre

Le nerf de la guerre est la recherche. Il faut mieux comprendre et identifier les dérives cellulaires à l’origine des cancers et il y a donc toute une série de mutations génétiques à décrypter. Ensuite, pour chacun de ces génomes, il faudra mettre au point une réponse précise. «Imaginez l’oncologie comme une grande commode. Celle-ci est aujourd’hui composée de quelques larges tiroirs. Demain, en personnalisant, elle sera composée d’une multitude de petits casiers.», explique le Professeur Dietrich. Grâce, notamment, aux innovations informatiques, les technologies de séquençages progressent très rapidement; et permettront de mieux identifier l’ADN d’un cancer. Ceci est une très belle nouvelle. Aujourd’hui, on peut obtenir ce dernier en une semaine, mais bientôt il ne suffira plus que de quelques jours. 

Quelques exemples très encourageants

Voilà plus de vingt ans maintenant que la voie de l’individualisation des traitements oncologiques a été prise. Elle a déjà connu de beaux succès. En 1986, par exemple, on a découvert une erreur génétique présente chez environ 30  % des femmes atteintes de cancer du sein. Lorsqu’il est présent en surnombre, ce gène, le HER-2, provoque la surproduction d’une protéine qui se traduit par une multiplication incontrôlée des cellules déclenchant le cancer. Après divers essais infructueux, des scientifiques ont constaté qu’un anticorps s’attaquait avec succès à cette protéine et provoquait la mort des cellules cancéreuses. C’est ainsi qu’a été créée l’herceptine qui est, en fait, le premier traitement du cancer visant une altération génétique spécifique et étant donc capable de tuer les cellules malignes en épargnant les cellules saines. «Grâce à cette découverte, le pronostic, habituellement mauvais pour ce type de cancer du sein, est devenu meilleur.», se réjouit Pierre-Yves Dietrich. Il en va de même, plus récemment, avec la protéine CD-20 qui a permis une augmentation de 20  % de la survie de patients souffrant d’un certain type de lymphome. L’Imatinib, quant à lui, a permis de s’attaquer à la leucémie myéloïde. Autant de noms qui paraissent totalement barbares mais qui sont synonymes de perspectives bien réjouissantes pour celles et ceux qui souffrent et souffriront de la maladie du 21e siècle. «Le futur est enthousiasmant et prometteur, mais il est impossible de prévoir quand la commode aura autant de tiroirs qu’il existe de cancers.» conclut le Dr. Dietrich.