Silvia C.
65 ans, est atteinte d’un cancer du côlon métastasé

Silvia C., 65 ans, ma destinée: le cancer du côlon métastasé. Il a fait sa déclaration un beau jour d’avril 2008. Dans «ma vie d’avant», avec mes deux filles, le mot fatigue n’existait pas dans mon dictionnaire pas plus que le mot cancer. Mon temps était bien rempli et j’aimais mes activités. Mais progressivement je perdais mon énergie. Avec les changements et tracasseries de la vie je pensais que ceci était normal. Je me trompais.

Le 2 avril 2008, check-up habituel chez le généraliste qui ne me trouve rien de spécial mais j’insiste sur mon état de fatigue. Des douleurs au niveau des reins s’accentuent et je consulte un gastro-entérologue pour une coloscopie. Réorientée vers un chirurgien car une tumeur obstrue le chemin pour la coloscopie… Je ne dirais pas que ma vie a basculé au moment du diagnostic «stade 4 cancer du côlon métastasé», mais radicalement changé oui. Depuis, chirurgies, radiothérapies, chimiothérapies. Encore sous traitement post opératoire.

A chaque fois, vous devez vous relever rapidement sinon vous ne vous relevez plus. Ma grande chance et d’avoir été entourée et référée à des professeurs, chirurgiens et oncologues de haut vol, un anesthésiste plus qu’extraordinaire, tous les soignants exemplaires. Une assistante sociale qui n’a pas eu peur des heures supplémentaires. Au début du diagnostic, mon oncologue m’a dit: «on ne peut pas guérir un cancer métastasé comme le vôtre mais avec les traitements actuels on peut prolonger votre vie et vous la rendre plus confortable». Il avait raison. Je suis très reconnaissante pour sa franchise. Je vis à 250 à l’heure ou à la vitesse que mon «locataire» (mon cancer) me permet. J’ai fait la paix avec lui car je ne peux pas faire autrement. Ceci ne veut pas dire que je l’accepte. Je vois le monde différemment et il faut continuer à informer, à parler, à s’exprimer sur la maladie qui vous frappe, vos difficultés, vos souffrances. Soyez égoïste et parlez. Rester chez soi et pleurer sur son sort vous assure la dépression et surtout pas la guérison. C’est difficile mais possible de rester à la surface de ce cauchemar. J’aime les gens et ils me le rendent bien. Plus de sorties, plus de sport, mais que reste-t-il? La reconstruction de ma vie de tous les jours a commencé dès que le diagnostic est tombé. J’ai parlé en toute franchise avec mon entourage, je n’ai pas économisé mes proches, ni mes amis car le besoin de partager ce qui m’arrivait était trop important. N’oublions pas que le mot cancer rime avec la mort. La maladie peut frapper tout le monde à n’importe quel âge. Mon bien-être est dû en grande partie à l’entourage et à moi-même. Famille, amis, collègues, mais aussi le postier de mon village, l’épicière et l’équipe de l’auberge du village qui s’occupe si bien de mes invités que je ne peux plus recevoir à la maison. Je les remercie de tout mon cœur. J’ai rencontré aussi d’autres malades, parfois bien plus souffrants que ma petite personne. Contente de recevoir un sourire, un petit mot. Rien de bien couteux. Essayer de rester positive à tout moment est essentiel pour le bien-être d’un être humain, malade ou pas. Si le blues prend le dessus, je me rends dans ma clinique, je traverse les couloirs, je salue les infirmières et les malades et je finis sur la terrasse qui offre une vue magnifique devant une tasse de café avec mes journaux préférés. La réaction est immédiate: que la vie est belle. Un autre de mes remèdes est de partir au bord de la mer et me refaire une santé au soleil. Le Grand Bleu ne m’a jamais refusé. C’est très réconfortant de sentir la brise sur votre visage, les caresses du soleil et la bienfaisance de l’eau sur votre corps meurtri. La souffrance vous quitte à l’instant même. Aujourd’hui, je fais partie d’une association de bénévolat qui transporte des personnes qui vivent avec une mobilité réduite. Offrir son temps aux personnes qui en ont besoin, un sourire et le bien est fait. Seulement être humain et ouvrir les yeux. Ma famille, mes deux filles, mes 4 petits- enfants sont fiers de moi.