Ce que vous appelez «La clinique des lucioles» est l’une des principales sources d’inspiration de votre spectacle Smarties, Kleenex et Canada Dry. Cela a tout de suite été évident d’en parler sur scène?
Lors de mon hospitalisation, j’avais pris des notes de ce qui m’arrivait et de ce que je ressentais. Bien sûr, je ne voyais pas ces textes comme quelque chose de drôle à l’époque et je m’imaginais encore moins en parler sur scène. Quand je suis sortie, j’ai lu tout ça à mon ami et metteur en scène Jean-Luc Barbezat. C’est quand j’ai vu qu’il était mort de rire en entendant ces histoires que j’ai commencé à penser que c’était une matière intéressante pour un spectacle.

Personne ne vous a mis en garde sur les risques de briser ce tabou?
Oui, bien sûr. On me disait notamment que les gens risqueraient ensuite de me voir différemment ou de s’inquiéter pour moi. Il est vrai que c’est un sujet dont l’on ne parle pas de manière ouverte habituellement. Personnellement, je pense que l’humour ne doit pas s’arrêter à la limite des tabous. Tant qu’on aborde le sujet sans méchanceté, l’effet ne peut qu’être positif.

Y’a-t-il un désir de provocation dans cette démarche?
Non, j’ai simplement vécu cette situation et j’ai eu envie d’en parler aux autres. Par contre, je ne vais pas provoquer ce genre d’événements pour avoir matière à créer un spectacle. Là j’aurais vraiment besoin d’un psy.

Et personne ne s’est vexé?
Pas vraiment. Disons que je me moque surtout de moi-même; donc il n’y a pas de raison que quelqu’un d’autre soit offensé. Il est vrai qu’il a fallu un peu forcer le trait de quelques personnages puisque nous sommes au théâtre, mais tout part du vécu et rien ne devrait être blessant. En fait, excepté un ou deux psys qui se sont sentis critiqués, je crois que personne ne s’est senti attaqué.

Pensez-vous que ce spectacle a un effet thérapeutique?
Sur moi, je ne pense pas particulièrement. Par contre, il est vrai que j’ai beaucoup de retours de gens qui sont venus le voir et qui sont passés par là ou qui ont des proches qui ont vécu une situation similaire et qui me disent qu’ils ont été troublés par le spectacle. Récemment, un spectateur m’a avoué qu’il n’avait pas ri, car cela lui avait rappelé tout ce qu’il avait vécu en clinique psychiatrique; par contre il a sûrement pu prendre un peu de recul. De même, les psychiatres qui viennent me voir apprécient découvrir le point de vue d’une patiente sur leur manière de fonctionner.

Faut-il forcément avoir vécu cette situation pour en rire avec vous?
Non, j’ai d’ailleurs été surprise du caractère universel de cette thématique. Où que je joue le spectacle, le public semble entretenir le même rapport avec les psys. Je crois que c’est un métier formidable dans lequel on devient rapidement frappadingue à force d’écouter les histoires de tout le monde.

Et ça marche?
Oui, je crois que nous pouvons être très contents des retours que nous avons et du nombre de spectateurs qui sont venus durant la tournée romande. Et ce n’est pas fini! Je jouerai le 17 mai à Martigny (ndlr: dans le cadre de la fête Plus Belle la Place) et le 24 mai au Théâtre Benno Besson d’Yverdon-les-Bains.

 

PROFILE

Ses débuts
Brigitte Rosset écume les théâtres et brûle les planches depuis 1988. Elle alterne spectacles humoristiques en solo et théâtre classique en jouant par exemple des pièces de Shakespeare ou Molière.

1er succès
C’est en 2001 qu’elle crée son premier one-woman-show, «Voyage au bout de la noce». Le succès est immédiatement au rendez-vous et elle s’impose avec son style plein de sincérité et de finesse.

Second spectacle
Dans «Suite matrimoniale avec vue sur la mère», son second spectacle, elle évoquait de manière pimentée la rencontre amoureuse et les premiers pas de la maternité.

Chroniques croustillantes
En plus de ses spectacles, elle tient une chronique hebdomadaire dans le Matin et publie des capsules vidéos humoristiques sur le matin.ch dans lesquelles elle relate les moments croustillants de la vie de couple.