Et des écrans omniprésents paralysant notre imaginaire en nous gavant d’images qui mettent en scène le mythe du bonheur total. Les tabous ont été morcelés en autant d’interdits distillés par des formulaires informatisés. La psychopharmacologie fera le reste… Chirurgien plasticien, je ne conçois pas mon métier sans apporter ma contribution à une cause humanitaire. La découverte il y a dix ans de l’effrayante réalité des mutilations génitales infligées aux femmes dans certains pays, m’a mobilisé.  

Deux millions de filles concernées

Initiée dans l’Egypte pharaonique, l’infibulation (fermeture de l’orifice vaginale) avait pour but la maîtrise de la reproduction de la noblesse. Quant à l’excision (amputation de la partie visible du clitoris avec parfois d’autres parties de la vulve) elle devait maîtriser la sexualité des servantes. Répandue ensuite dans toute l’Afrique subsaharienne, cette pratique s’est mélangée aux traditions tribales puis à l’islam, restant vivace jusqu’à nos jours. Deux millions de fillettes sont mutilées chaque année dans ces pays ou parmi les émigrés de ces pays, maintenant stable le nombre de 130 millions de femmes excisées dans le monde, dont dix mille vivent en Suisse. Pour mieux éradiquer cette tradition nuisible, il faut en comprendre la fonction et sa complexité. Et savoir qu’au XIXe siècle, aux Etats-Unis et en Europe, on excisait des femmes pour traiter l’épilepsie et la masturbation. Sans oublier le prix Nobel de médecine décerné en 1949 au neurochirurgien Egas Moniz pour la lobotomie frontale, qu’il avait mis au point pour «guérir» les homosexuels. La résistance au changement est une constante humaine. Et l’exercice de la liberté de choix reste le seuil intangible de l’accès à l’humanité.