Pr Olivier Michielin
Membre de l’Institut Ludwig et oncologue au CHUV

Par conséquent, d’un niveau socio-économique élevé, la population suisse est particulièrement sujette à l’un des types les plus agressifs du cancer de la peau: le mélanome. Passant l’essentiel de leur temps à travailler en intérieur, et s’offrant ponctuellement de brefs séjours sous des latitudes fortement ensoleillées, nombre de nos compatriotes adoptent en effet un comportement qui est souvent à la base de cette maladie: une exposition intermittente aux rayons UV du soleil avec une peau blanche non préparée. Ainsi, on observe une augmentation des cas dans notre pays.

Différents types de mélanomes

Deux types de mélanomes se distinguent en fonction de leur profondeur d’invasion: les ‘mélanomes à croissance superficielle’, qui croissent plus lentement à la surface de la peau et se diagnostiquent plus facilement, et les ‘mélanomes nodulaires’, qui croissent de manière rapide dans la profondeur de la peau, amenant souvent à un diagnostique trop tardif. Afin de se prémunir contre ces derniers, il est important d’être attentif aux réactions de sa peau en l’observant régulièrement. Toute lésion apparue qui ne disparaîtrait pas après quelques jours, ou dont l’aspect aurait tendance à se modifier avec le temps, devra ainsi être portée sans délai à l’attention d’un médecin spécialiste. Car si une détection précoce de la maladie permet d’augmenter les chances de guérison, une détection tardive augmente le risque que des métastases se soient développées et aient affecté d’autres organes tels que les poumons ou le foie, rendant généralement la guérison impossible à l’aide des thérapies actuelles.

Traitements chirurgicaux et systémiques

S’agissant des traitements disponibles, une intervention chirurgicale légère permettra d’enlever localement un mélanome diagnostiqué suffisamment tôt. Si le mélanome a atteint une certaine profondeur, l’intervention chirurgicale devra être étendue aux ganglions lymphatiques responsables du drainage de la zone affectée. Dans les cas plus avancés où le mélanome a atteint d’autres organes comme le poumon ou le foie, un traitement systémique (par médicaments ou traitements par rayons) sera en revanche nécessaire, avec des résultats plus aléatoires.

Une nouvelle thérapie prometteuse: l’immunothérapie 

Bonne nouvelle, plusieurs approches novatrices offrant des perspectives de traitement amélioré sont apparues ces derniers mois. Celles-ci sont le fruit de recherches effectuées par l’Institut Ludwig et le Centre Pluridisciplinaire d’Oncologie au CHUV de Lausanne. «Parmi ces nouveaux traitements, des progrès importants ont été accomplis dans le domaine de la vaccination contre le cancer. Un programme ambitieux et très prometteur, fort du soutien de la fondation Fond’action contre le Cancer, vise à utiliser les cellules immunitaires du patient, qui sont modifiées génétiquement pour être rendues plus actives. 

Par ailleurs un anticorps, l’Ipilimumab, est administré directement au patient, permettant d’induire une modification de l’équilibre immunitaire et de rendre les cellules immunitaires spécifiques plus susceptibles d’attaquer les métastases du mélanome. Cet anticorps, qui est à l’étude dans notre centre depuis de nombreuses années, vient de faire la preuve de son efficacité dans le mélanome métastatique grâce à une large étude clinique internationale», nous explique le Pr Olivier Michielin, membre de l’Institut Ludwig et oncologue au Centre Pluridisciplinaire d’Oncologie au CHUV. «L’utilisation de cet anticorps offre un traitement à basse toxicité, qui,  de plus, a l’avantage d’agir sur le long terme. La survie des patients en est significativement augmentée.»

Autres traitements novateurs, les thérapies ciblées. Parmi celles-ci, un médicament nommé ‘RG7204 de Roche/Plexxikon’, également disponible à Lausanne depuis l’année passée, permet de remédier aux perturbations qui affectent les voies de signalisation des cellules. Cette molécule bloque les segments défaillants de ces cascades de protéines qui transmettent les signaux nécessaires à la division des cellules. «Avec des résultats favorables chez le 80% des patients dont le mélanome porte la mutation en question», nous apprend encore le Pr Michielin. Ces nouveaux traitements ne sont pas encore enregistrés par Swissmedic.