Dr. Anchisi
Médecin spécialiste en oncologie à l’Hôpital de Sion.

Les cancérologues disposent de plusieurs armes thérapeutiques à savoir la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie pour éliminer les cellules cancéreuses ou en réduire la croissance. La chimiothérapie a beaucoup évolué durant ces deux dernières décennies, notamment avec le développement de médicaments oraux sous forme de comprimés et l’apparition de thérapies ciblées.

Le patient face à la chimiothérapie orale

Plus de 3 patients sur 4 sont favorables à la chimiothérapie orale. Mais pourquoi pas 100%? Tout simplement car certains y associent une efficacité moindre, d’autres craignent de ne pas suivre correctement la posologie. Il est en effet très important que le patient prenne le traitement de la manière prescrite (adhérence) et sur la durée prévue (persistance) avec une discipline rigoureuse. La non-adhérence à ce traitement par la bouche peut avoir de lourdes conséquences, comme davantage de consultations et d’hospitalisations relatives aux effets secondaires d’un traitement mal pris, voire une chance de guérison diminuée. L’optimisation de la thérapie orale est donc étroitement liée à la simplicité du traitement, à l’implication du patient et à celle de toute la chaîne thérapeutique. Ceci est particulièrement vrai avec des sujets âgés dont certains d’entre eux voit leurs capacités cognitives réduites. Il s’agit donc d’un travail d’équipe…

Indispensable concertation entre médecin spécialiste, généraliste et patient

… un véritable travail d’équipe en effet. Le traitement est pris par le patient seul, chez lui, sans le contrôle direct d’un professionnel, souvent sur une durée prolongée. Ceci augmente le risque d’interactions médicamenteuses mal maîtrisées, aux conséquences dramatiques, parfois mortelles. Le partage d’informations est donc crucial entre professionnels soignants, patient et proches afin d’assurer la continuité des soins et d’éviter des complications qui seraient délétères. L’idée de développer une carte «chimio orale» pourrait faciliter cette collaboration entre tous les acteurs concernés.

Avantages de la chimiothérapie orale

Proposé seul, en relais des chimiothérapies classiques ou bien encore en association avec celles-ci, ce traitement, comme la capecitabine, se voit administré dans divers types de cancers, tels ceux de l’estomac, du colon et du rectum ou du sein; celui à base de vinorelbine lors de cancer du poumon ou du sein, et le temozolomide lors de cancer du cerveau. D’un point de vue logistique, le nombre de déplacements à l’hôpital est diminué, favorisant entre autres le maintien d’activités professionnelles et sociales quasi normales. La flexibilité d’un tel traitement fait qu’il est souvent mieux accepté avec un impact négatif moindre sur la qualité de vie. On s’affranchit également des éventuelles complications vasculaires relatives aux injections intraveineuses (infection, thrombose, inflammation, nécrose).

Grâce aux progrès thérapeutiques, mais aussi technologiques, dont fait partie l’administration orale, les effets secondaires de la chimiothérapie sont aujourd’hui réduits. La possibilité de répétition de doses plus faibles permet souvent une meilleure efficacité du traitement et une moindre toxicité (effets secondaires atténués).

Par ailleurs, le développement très important et rapide des thérapies ciblées, en grande majorité administrées par voie orale, offre des perspectives nouvelles et très prometteuses. Ces traitements sont parfois plus efficaces que les chimiothérapies intraveineuses classiques. C’est le cas de l’imatinib, utilisé lors de la leucémie myéloïde chronique, qui est l’archétype de ce type de traitements. Des cancers, pour lesquels il n’existait aucune chimiothérapie intraveineuse réellement efficace, peuvent maintenant être traités par des comprimés comme lors de cancers du rein, du foie ou de la thyroïde. Ces thérapies peuvent par ailleurs potentialiser les chimiothérapies classiques, par exemple dans le cancer du sein.

Inconvénients

Outre les risques liés à la non-adhérence au traitement ou ceux en lien avec une mauvaise coordination entre soignants, la chimiothérapie orale implique que le médicament doive être absorbé au niveau intestinal pour gagner la circulation sanguine. Sa biodisponibilité, soit la quantité de médicament qui est réellement absorbée et passe dans le sang, peut varier en fonction des personnes, des médicaments pris conjointement et de problèmes intestinaux momentanés (vomissements, diarrhées, constipations) ou durables (chirurgie intestinale antérieure, maladies digestives). Par comparaison, lors d’une injection intraveineuse, la dose prescrite est effectivement et complètement administrée à un moment donné sous contrôle médical dans des conditions connues (état clinique du patient, médicaments pris).