Quel est le contexte de l’asthme aujourd’hui? Pourquoi la pathologie progresse-t-elle autant?

Il est clair que l’asthme a augmenté chez les jeunes avec des origines allergiques liées aux acariens, aux pollens, à la poussière, et d’une manière générale à la pollution atmosphérique.

On assiste aussi à une augmentation de l’asthme chez les adultes, mais plutôt lié à des irritants présents dans l’environnement. Il a été démontré que les sprays contenant des produits de nettoyage par exemple, favorisent l’apparition tardive de l’asthme en particulier chez les femmes de 40 à 50 ans.

Au début, les allergologues qui diagnostiquaient les patients estimaient que l’asthme était surtout lié à des allergies. Désormais, le fait que cette pathologie soit liée à des facteurs liés à l’environnement est de plus en plus accepté.

Une tendance confirmée par des mesures prises dans certains pays comme en Norvège où certains aérosols contenant des produits d’entretien sont tout simplement interdits et remplacés par des solutions liquides et non aériennes. Cela évite la propagation de molécules nocives dans l’air.

Au niveau des traitements, quelles sont les grandes nouveautés et évolutions?

La pierre angulaire du traitement de l’asthme reste les corticoïdes inhalés, autrement dit la pulvérisation de cortisone dans les poumons.

On arrive de plus en plus à diminuer les doses et à mieux cibler son utilisation. La proportion de cortisone est donc diminuée et administrée par des appareils plus modernes et plus précis qui permettent de mieux délivrer le produit dans les poumons. C’est un tournant majeur dans l’histoire de l’asthme, car cela fait baisser de manière significative le nombre de crises. L’autre grand volet de la thérapie est la responsabilisation et l’éducation des patients.

On a appris aux patients à se prendre en charge eux-mêmes et à évaluer leur maladie. Ils sont capables de plus en plus d’adapter les doses de leurs médicaments en fonction de ce qu’ils ressentent. Cette phase d’éducation est essentielle dans le traitement de la maladie. Cela permet d’adapter la thérapie, ce qui la rend forcément plus efficace. Enfin, on assiste à une vraie avancée pour les 10% d’asthmatiques sévères. Depuis quelques années, on utilise des molécules biologiques de façon ciblée qui permettent de réduire considérablement les effets de la maladie et in fine d’améliorer la qualité de vie.

Vous avez pu constater l’efficacité de ce nouveau traitement au sein de votre cabinet?

Absolument et cela change la vie de certains de mes patients dont tous les pronostics indiquaient qu’ils ne récupéreraient jamais une fonction pulmonaire proche de la normale. Surtout chez les plus de 50 ans, c’est une petite révolution car beaucoup sont résignés et pensent que leurs problèmes respiratoires sont liés à leur vieillissement.

Tenez, j’ai une patiente âgée de 55 ans qu'on traitait avec des doses récidivantes de cortisone, souvent 10, 15 voire 20 mg. On ne s’en sortait pas, on n’arrivait pas à faire reculer son asthme et on pensait que ses fonctions pulmonaires étaient condamnées à rester autour de 50%.

Nous avons découvert que l’origine de son asthme était inflammatoire et de type allergique, ainsi nous lui avons prescrit un traitement à base de molécules biologiques sous forme d’une injection sous cutanée, autrement dit une piqûre à faire une fois par mois. Très vite, ses fonctions respiratoires sont remontées autour de 80%, sa vie s’est nettement améliorée; fini les urgences 2 à 3 fois par an pour des crises sévères. Cette femme revit alors qu’on pensait que son souffle resterait diminué toute sa vie.

Quelles sont les autres avancées majeures sur le combat contre l’asthme? 

On se rend de plus en plus compte que la flore bactérienne joue un rôle sur l’apparition de l’asthme et qu’elle permet de le combattre. Plus cette flore est diversifiée, plus elle éduque notre système immunitaire et moins l’asthme est susceptible de se déclarer. Une alimentation équilibrée et variée avec des végétaux, des fibres contenues dans les fruits et les légumes permet nettement de renforcer ces défenses.

Par exemple, on a démontré que la pectine contenue dans les pommes prévient nettement l’apparition de l’asthme et renforce aussi les défenses contre la grippe. Une alimentation saine est déjà un très bon bouclier et une très bonne base pour lutter contre l’asthme avant d’en venir aux médicaments. 

INFO

Trucs & astuces

  • Une bonne technique de respiration permet de gérer mieux et sans anxiété les efforts physiques et les crises d’étouffement aigües.
  • Éviter si possible les agents irritants comme la fumée de cigarettes, les gaz industriels et les parfums.

Faits & chiffres

Le diagnostic «asthme» est généralement plus différencié aujourd’hui. On fait une distinction entre :

  • l’asthme allergique, lorsqu’un facteur déclenchant (trigger) a été trouvé.
  • l’asthme génétique (ou congénital), par ex. en cas de naissance extrêmement prématurée (maturité insuffisante des poumons) ou de défauts génétiques.
  • l’asthme acquis, chez les fumeurs et certains groupes professionnels (silicose).