Des cinq sens, l’odorat est le plus paradoxal: dominant dans le monde animal, il est marginalisé dans notre monde de communication au profit de la vision et de l’audition.

Au carrefour de nos émotions et de notre mémoire, il joue un rôle essentiel dans nos activités quotidiennes comme la régulation de l’alimentation, la détection des odeurs dangereuses ou notre sexualité.

Perte d’odorat et dépression: surmonter le deuil

Les bases anatomiques communes entre système olfactif et cerveau émotionnel expliquent en grande partie les conséquences psychologiques de la perte de l’odorat.

De nouvelles molécules : selon plusieurs etudes l’acide -lipoique, la caroverine, et certaines bases xanthiques ameliorent le seuil et l’identification des odeurs chez plus de 35 % des anosmiques

Les études réalisées montrent que 60% des sujets anosmiques présentent un syndrome dépressif.

Le parfum des fleurs, le goût raffiné de bons mets ou l’odeur de l’être aimé semblent anodins chez des patients habitués à sentir.

Mais leur perte est vécue comme un deuil, et leur récupération comme une délivrance.

Perte d’odorat et maladie d’Alzheimer: vers un test de dépistage

L’anosmie est un signe précoce de cette maladie bien avant l’apparition d’autres signes neurologiques.

Des recherches ont mesuré par électroencéphalogramme l’arrivée d’un «impact-odeur» dans la zone du cerveau destinée à l’olfaction. Cette activation est profondément altérée en cas de maladie d’Alzheimer. Ces études ouvrent la voie vers un test de dépistage précoce.

Un mal trop souvent négligé

Si la recherche de la cause de la perte d’odorat est essentielle, les moyens thérapeutiques sont malheureusement limités.
Actuellement, le consensus définit la corticothérapie orale comme traitement de l’anosmie en première intention, à dose forte et limitée dans le temps.

Cependant, son efficacité, bien qu’avérée, est malheureusement inconstante, et l’échec de nombreuses thérapeutiques (antihistaminiques, antibiotiques, vitamines, zinc...) a conduit à délaisser d’autres traitements possibles.

Des perspectives thérapeutiques

  • De nouvelles molécules: selon plusieurs études l’acide α-lipoïque, la caroverine, et certaines bases xanthiques améliorent le seuil et l’identification des odeurs chez plus de 35% des anosmiques.
     
  • La rééducation olfactive: des chercheurs ont établi une corrélation entre une stimulation olfactive répétée et la croissance, voire la survie des neurones olfactifs. De plus, celle-ci augmenterait l’expression des récepteurs à leur surface par le mécanisme de plasticité cérébrale.

    La rééducation s’appuie sur un protocole consistant à faire inhaler aux patients des extraits d’odeurs définies, 2 fois par jour durant dix secondes, pendant trois mois. De surcroît, ce flairage doit être associé à une pression cognitive telle que l’expérience situationnelle et émotionnelle provoquée par chaque odeur.

    Comparée à un groupe contrôle, la rééducation olfactive par le biais de la plasticité cérébrale a permis de recouvrer un odorat significatif chez 30% des anosmiques.
     
  • La greffe cellulaire: selon certains chercheurs, la greffe de cellules souches olfactives pourrait permettre à l’avenir une récupération de l’odorat.

    La redécouverte scientifique de l’odorat, ce sens longtemps délaissé, a permis d’aborder certaines maladies neurodégénératives sous un nouvel angle. Pour autant, si sa perte doit nous mettre en garde contre des pathologies graves, la rééducation olfactive, par la simplicité de sa mise en œuvre, a récemment fait naître un réel espoir.